Le Loch en danger

Décision d’inondation du Loc’h par la mer : Un maire à la dérive

FAUX – « On est obligé de le faire, c’est l’Union Européenne, et c’est la loi » 

Pour le maire, « Il est nécessaire aujourd’hui d’y appliquer les directives européennes, la Directive Cadre sur l’Eau. Les acteurs concernés sont (donc) mis en demeure de se mettre en conformité avec la loi»

Or, pour le Ministère de la Transition écologique et solidaire1, « une politique apaisée de restauration de la continuité écologique des cours d’eau » (avril 2019) nécessite :

« Une prise en compte des différents enjeux en présence et des solutions au cas par cas « pour trouver le meilleur équilibre possible entre la politique de restauration de la continuité écologique, les politiques patrimoniales dans toutes leurs dimensions territoriales »

« De nombreuses solutions sont possibles pour restaurer la continuité́ écologique, et la multiplicité́ des enjeux doit être prise en compte lors du diagnostic initial. Il n’existe aucune solution de principe. Parce que chaque situation est différente (type de cours d’eau, espèces concernées, usages, qualité de l’eau, qualité du patrimoine, partenaires, disponibilités financières), plusieurs scénarios devront faire l’objet d’une analyse avantages-inconvénients afin de dégager la solution présentant le meilleur compromis. La suppression de l’ouvrage ne sera envisagée qu’avec l’accord du propriétaire, s’il est connu. »

« Une concertation plus ouverte avec les acteurs autour du diagnostic des enjeux et des solutions retenues. Cette concertation doit être menée le plus en amont possible tant sur le diagnostic de tous les enjeux en présence et les objectifs attendus, que sur les moyens à mettre en œuvre, entre les services de l’État, ses opérateurs, les porteurs de projets ou leurs représentants (propriétaires, exploitants, etc.), les structures de bassin, les collectivités territoriales concernées, animatrices locales de la gestion de l’eau, et les autres parties prenantes (riverains, pêcheurs, usagers, associations).

La Directive Européenne2 souligne elle aussi que la participation du public est essentielle :

« En vertu de la DCE, (…) la mobilisation et la participation du public sont des conditions préalables à la protection des eaux. Sans le soutien de la population, les mesures réglementaires sont vouées à l’échec. Les citoyens européens doivent jouer un rôle essentiel dans la mise en œuvre de la DCE en aidant les gouvernements à trouver un équilibre entre les questions sociales, environnementales et économiques à prendre en considération.

Or, à Guidel, il n’en a rien été.

. D’une part, le maire s’accroche à une solution qu’il présente comme la seule possible, la destruction des vannes et l’inondation du Loc’h.

. D’autre part, aucune consultation n’a été menée avec le Conseil Municipal. Et moins encore la population. Même ceux d’entre nous qui étaient adjoints de l’équipe précédente n’ont jamais été tenus informés des réflexions menées sur ce projet.

FAUX –  Le maire défend les habitants du Loc’h

« Évidemment, moi en tant que maire -et là c’est tout autre chose-, j’ai prévenu que je n’accepterais qu’une solution qui protège et qui garantisse la sécurité des habitants de la ferme du Loc’h, M et Mme Besnard, pour ne pas les citer »

L’expropriation forcée est en cours : les propriétaires-habitants de la ferme du Loch ont été avisés par le Maire sortant, par téléphone le 31 décembre 2019, qu’une visite d’un représentant de France-Domaines aurait bientôt lieu en vue de l’évaluation financière de leur bien – cette visite a bien eu lieu le 28 février 2020.

Un des membres de la famille répond :

 

INCONNUE – Pas d’étude d’impact préalable, 4 types de risques graves

À notre connaissance, aucune étude d’impact préalable permettant d’évaluer les risques et d’orienter la décision ne semble avoir été réalisée. Et aucune information n’a été communiquée au Conseil municipal ni à la population. Sur quelle base la décision a-t-elle été prise ? Si une telle étude existe, elle doit être rendue publique sans délai.

En effet, plusieurs scientifiques -notamment de l’UBS- nous indiquent que ce projet présente au moins 4 types de risques graves :

Risque 1- Disparition de la biodiversité

Risque 2- Pollution des eaux du Loc’h et des plages

Risque 3- Modification de la physionomie à terme du Loc’h (Risque de disparition de la „vague“ tant prisée par les surfeurs)

Risque 4- Effondrement de deux routes (Départementale et communale)

NOTRE POSITION – Guidel Avenir refuse ces pratiques d’un autre âge

Nous condamnons fermement la décision et ce mépris inacceptable de la démocratie et de la loi.

Élus, nous :

. mènerons une politique apaisée de restauration de la continuité écologique des cours d’eau permettant de préserver le patrimoine culturel et naturel remarquable du grand et du petit Loc’h.

. veillerons, en collaboration étroite avec tous les acteurs concernés, à ce que soient menées les études et concertations préalables au choix d’une telle politique. Ceci dans le respect tant ce patrimoine naturel précieux, que des intérêts de ses habitants et des Guidélois.

Notes :

1 RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, Ministère de la Transition écologique et solidaire, Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature

Direction de l’eau et de la biodiversité, Sous-direction de la protection et de la gestion de l’eau, des ressources minérales et des écosystèmes aquatiques

Note technique du 30 avril 2019 relative à la mise en œuvre du plan d’action pour une politique apaisée de restauration de la continuité écologique des cours d’eau.

NOR : TREL1904749N, http://circulaires.legifrance.gouv.fr/pdf/2019/05/cir_44619.pdf, p6.

2https://ec.europa.eu/environment/pubs/pdf/factsheets/wfd/fr.pdf

 

Le Loch, de quoi parle-t-on?

Petit et Grand Loch constituent un espace naturel remarquable de Bretagne, connu sous le nom de « Réserve naturelle des étangs du Petit et du Grand Loch ». Cet espace naturel, reconnu pour son environnement, sa faune et sa flore, est aujourd’hui menacé de disparition.

 

Poldérisée depuis 1884, la zone est reliée à la mer au moyen d’une canalisation passant sous la route côtière. A marée montante, un clapet empêche l’eau de mer de rentrer dans les terres. A marée descendante, poussé par la pression de l’eau douce, le clapet s’ouvre permettant ainsi à la Saudraye de rejoindre la mer. Cet espace humide représente en outre un filtre naturel et de dénitrification des eaux de ruissellement.

Cette zone d’une centaine d’hectares est constituée d’étangs, de marécages, de terres agricoles et de pâturages. Peuplée de nombreuses espèces végétales et animales adaptées aux milieux d’eau douce, elle est un lieu apprécié des promeneurs et un lieu d’observation privilégié des nombreuses espèces d’oiseaux qui la fréquentent.

 

Ce bel ordonnancement est aujourd’hui menacé de disparition, par une application trop restrictive d’une directive européenne visant à assurer la continuité écologique des cours d’eau « de la source à la mer ».

Dans un article OF du 19 juillet 2019, le maire, Jo Daniel, signale qu’il est prévu de « réouvrir l’étang du Loch à la mer ».

Le 31 décembre 2019, il annonce aux propriétaires de la ferme du Loch que des démarches sont engagées en vue d’une expulsion.

En effet, la principale conséquence de l’ouverture du clapet sera l’envahissement de la zone par l’eau de mer à chaque marée, entraînant la disparition de la ferme du Loch. France Domaine a procédé à l’expertise de la ferme le 28 février 2020.

Ces actions ont été réalisées sans que les élus en soient préalablement informés. Il est à noter qu’une proposition alternative consistant à ne noyer que le Petit Loch en installant un clapet entre les deux étangs a été refusée.

D’autres solutions évitant de noyer la zone, comme l’installation d’une passe à poissons, peuvent être envisagées.

Globalement, la réserve naturelle a une altitude inférieure ou égale à 6 mètres.

Au vu des hauteurs de marée, on peut donc raisonnablement penser que toutes les terres situées au-dessous de 6 mètres sont potentiellement inondables.

La mer ne se contentera pas d’envahir les zones actuellement en eau, elle recouvrira l’ensemble des surfaces dont le niveau est inférieur à celui de la marée.

La végétation et une grande partie de la faune actuelle disparaîtront sous l’effet du sel.

C’est tout l’écosystème qui sera modifié, la réserve naturelle actuelle n’existera plus.

 

Un nouvel écosystème, compatible avec l’eau salée, s’installera mais personne n’est capable de dire lequelcar les experts ne se prononcent pas. Il s’agit de réaliser un test pour voir ce que cela donne, de servir de cobaye pour d’autres réalisations de ce genre. Les guidélois ne sont pas des cobayes et n’ont pas vocation à jouer aux apprentis sorciers, ils méritent mieux.

Pourquoi sacrifier cette zone humide alors que partout ailleurs ont s’acharne à les préserver ? Pourquoi laisser pénétrer l’eau salée aussi loin à l’intérieur des terres ? Pour créer une mini rivière d’Etel? Dans ce cas, on sait ce que cela va donner, inutile de faire un test.

De plus, il est à craindre que cela n’entraîne un lessivage de l’ancienne décharge sauvage jouxtant le Petit loch et ne fasse remonter des dépôts de l’ancienne zone de lagunage de Guidel Plages.

Enfin, l’action récurrente de la marée pourrait éroder les parties sableuses ainsi que les soubassements de la route proche de la ferme du Loch et de la route côtière qui pourraient être coupées à cet endroit.

Le profil de la plage du Loch pourrait être modifié.

 

Soutenir la mise en œuvre du plan de gestion de la Réserve Naturelle Régionale du Loch  était un des objectifs de l’Agenda 21 de la commune, établi en 2010.
Pourquoi remettre cela en question alors que la directive européenne n’a pas de caractère obligatoire en France ? En revanche, elle impose une concertation avec les habitants avant de modifier l’existant, ce qui n’a pas été fait. Pourquoi tant de précipitation ?

Il est de notre devoir de protéger cet espace naturel remarquable et il est possible de garantir la continuité écologique sans procéder à la réouverture du Loch à la mer à laquelle nous sommes opposés